21 avril 2002
Peter HANDKE : La leçon de la Sainte-Victoire. folio
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Peter HANDKE : La leçon de la Sainte-Victoire. Dimanche 21 avril 2002 |
Ce roman se compose en neuf partie et décrit l’ascension effectuée par HANDKE au mont de la sainte-Victoire, ses réflexions sur l’art et l’écriture se précisent et suivent le mouvement du cheminnement pédestre accompli par HANDKE : De la montée au retour puis à l’ascension finale.
Le nom des neufs chapitres sont les suivants :
1° Le grand arc
2° La colline aux couleurs
3° Le plateau du philosophe
4° Le saut du loup
5° Le chemin des Lauves
6° Le tableaux des tableaux
7° Le champs froid
8° La colline des toupies
9° La grande forêt
Le secret de la montagne correspond au titre relatif à une introduction riche et récapitulative :
« Pour l’homme religieux, son destin est d’aller de bas en haut, son chemin est une ascension et non pas une descente…
La montagne est la rencontre du ciel et de la terre. »
C’est en juillet 1979, au retour d’un voyage aux Etats – Unis que Handke se rend en Provence. Pendant longtemps déjà, il avait joué avec l’idée d’aller voir la sainte – Victoire, mais ce n’était qu’un jeu. Puis Brusquement, cette idée envahit son imaginaire et il prend la décision d’aller voir la montagne de près ; tout cela a pour point de départ une exposition des tableaux de Cézanne à Paris et son intérêt pour l’œuvre intitulé : L’Homme aux bras croisés.
C’est à Salzbourg, au cours de l’hiver 1979, puis au printemps de 1980, que HANDKE écrit La Leçon de la Sainte-Victoire. Le livre est publié la même année.
Le Cheminement vers la « sensation vraie ».
La Leçon de la Sainte – Victoire est le deuxième livre d’un ensemble qui se compose de quatre ouvrages _ Handke lui-même refuse le terme « trop pompeux » de « tétralogie »(…)
Une nouvelle orientation du regard : CEZANNE :
Les œuvres de Cézanne sont pour Handke des propositions : et, c’est là tout leur secret.
Sa proposition n’est rien de moins que celle d’une invitation à un voyage initiatique. La Sainte – Victoire assume le rôle d’un guide, elle ouvre le passage, elle indique le chemin. Elle est habitée de plusieurs esprits et de plusieurs lieux. Tour à tour elle fait voir les visages de Cézanne et de Stifter, toujours au premier plan, puis celui de Goethe, puis un peu en retrait, ceux de Courbet, de Pirosmani, de Chirico, de Max Ernst, de Magritte, de Maurice Denis, d’Edward Hopper.
HANDKE, établit un lien entre regard, Être et écriture pour que se fasse le passge dans l’écriture, d’un visible tissé d’Invisible, qui inclut l’ordre du Moi dans le Monde autant que celui de l’histoire des choses et des hommes.
La peinture tient de l’onirique et de l’observation lucide. C’est ainsi qu’elle déchiffre le monde, le fait voir. Et, l’écriture, tient elle aussi de l’onirique et de l’observation lucide :
Trouver écrit ce que l’on a eu en rêve : ce que je voudrais qu’il vous arrive.
Silence et Métamorphose :
Dans ce silence , le narrateur marche, avec une lenteur délibérée, « dans le blanc de la montagne ». HANDKE délivré de toute attente et de toute ivresse, il traverse le seuil du grand portail ouvert sur le lointain…… Dans ce silence, « le moi coutumier n’était plus personne. » Dans le silence s’opère la métamorphose.
L’expérience de la transparence, Handke la fait devant le tableau de Cézanne intitulé Rochers près des grottes au-dessus de Château-Noir que Handke appelle Le tableaux des tableaux…(cf p113 à 115).
Certes, Cézanne a profondément impressionné de nombreux penseurs, poètes et écrivains du XX ème siècle mais aucun ne lui est redevable de ce véritable bouleversement que HANDKE a éprouvé, qui l’a confirmé dans sa quête artistique et qui semble lui avoir fourni une réponse à son interrogation sur les possibilités de l’écriture. (cf. MERLEAU PONTY : « L’œil et l’Esprit » ; 1964 et « Le doute de Cézanne » 1945)
Pour HANDKE, Cézanne devient un véritable guide spirituel :
C’est un texte de joachim Gasquet sur Cézanne qui exprime véritablement et mieux que tout autre la nouvelle foi de Handke en l’écriture, ses tentatives, ses objectifs _ ses « réalisations » dont il nous donne un exemple magistral par le dernier chapitre de la Leçon de la sainte Victoire, le chapitre de la grande forêt, hommage de l’écriture à la peinture, inspiré par une toile de Jacob Ruyesdael, qui se trouve au musée d’art de vienne, inspiré par Stifter auquel il faut songer par le titre comm par sa technique d’écriture : sa façon de brosser un tableau en mot( « Wortgemâlde ») inspiré, enfin et encore par l’enseignement de Cézanne.
Le secret que la montagne transmet à Peter Handke, c’est comment déchiffrer les choses, comment les faire voir en les nommant, comment les entrecroiser en une écriture d’images cohérentes, comment……les préserver. Rien ne peut-être préservé sans la foi et seule la foi fait durer les choses. La « préservation des objets en danger », par cette « forme de foi qui était le secret du peintre », c’est cela que HANDKE retient.
L’insondable montagne
Dernier chapitre = consacré à la Sainte-Victoire, à la forêt qui l’entoure et qui a été ravagée par le feu.
1° Le grand arc
P34 :
« Oui, c’est au peintre Paul Cézanne que je dois de m’être trouvé entouré de couleurs en ce lieu dégagé entre Aix – en Provence et le Tholonet et que la route asphaltée me soit apparue comme une substance colorée.
J’ai grandi dans un milieu de petits paysans où il n’y avait d’images, pour ainsi dire, qu’à l’église ou sur les reposoirs ; aussi n’étaient –elles pour moi, au début, qu’une garniture, je n’en attendais rien de décisif. »
P41 : IMPORTANT
« Avec le temps, son seul problème, cependant, ce fut la « réalisation » de l’innocence et de la pureté terrestres : la pomme, le rocher, un visage humain. La réalité, c’est donc l’accès à la forme et celle-ci n’est pas regret de ce qui est anéanti par les alternances de l’histoire, mais elle transmet, dans la paix, ce qui est.
_Dans l’art, il ne s’agit de rien d’autre. Or cela même qui fait sentir la vie fait problème quand on veut le transmettre. »
P59 : /TABLEAUX
« C’est au cours d’une exposition, au printemps de 1978, que les tableaux de Cézanne m’apparurent comme ces objets du commencement et je fus pris de l’envie d’étudier, comme cela ne m’était arrivé que devant les suites de phrases de Faubert. »
P63 : IMPORTANT
« « Le même sujet vu sous un angle différent offre un sujet d’étude du plus puissant intérêt et si varié que je crois que je pourrais m’occuper plusieurs mois, sans changer de place, en m’inclinant tantôt plus à droite, tantôt plus à gauche. »
2° La colline aux couleurs
Observation de la Sainte-Victoire et de ses massifs environnants et décision d’emprûnter le chemin de Cézanne.
3° Le plateau du philosophe
« …un autobus qui passe sur un pont avec les silhouettes des passagers et les encadrements des fenêtres ne peut-il pas rendre plus proche un ciel lointain ? »
4° Le saut du loup
« A l’extérieur de Puyloubier, … »
« …je ressentis un hurlement à fleur de peau : le pire de tous les bruits, le plus méchant , cri de mort et de guerre tout à la fois, qui empoigne sans transition le cœur _ lequel, en imagination, fait le gros dos. …une sorte de dogue… . »
5° Le chemin des Lauves
P101 : /TABLEAUX
« De jour en jour j’étais devenu plus invisible au sein du domaine du grand peintre _ pour moi-même comme pour les autres _ et ces autres m’aidèrent en ne tenant, aimablement, aucun compte de moi. Avec le temps c’était comme si, d’une fois sur l’autre, je pouvais décider d’être « l’invisible » .»
P105 : IMPORTANT
« Le droit d’écrire _ indispensable à chaque travail nouveau _ s’annonçait déjà en redescendant de la Sainte – Victoire, lorsque à un moment donné je parvins à me critiquer (au lieu de m’abîmer en moi-même et de perdre le sens de l’humour, comme cela m’arrive généralement, à la descente). »
P107 : ECRITURE
« Pourquoi dis-je : droit d’écrire ? Cela vint à un instant d’amour indéterminé, sans lequel il n’existe pas d’écriture véritable.
…
La secousse de la métamorphose : je n’étais plus simplement invisible : écrivain. »
6° Le tableaux des tableaux
P109 : IMPORTANT
« Il a jusqu’ici été surtout question d’un peintre et d’un écrivain, de peinture et d’écriture ; …
Stifter, on le sait , exprima ainsi la loi éternelle de l’art : « Le souffle de l’air, le glissement de l’eau, le balancement de la mer, le verdoiement de la terre, le ciel resplendissant et le scintillement des étoiles, je les tiens pour grands. »
P121 : ECRITURE
« « S’ils ne croient à rien, à quoi ça sert d’être là ? »
Sans qu’il fut en question de moi, je me suis senti atteint. Cette pensée ne m’occupait-elle pas déjà depuis assez longtemps : « à la longue les objets ne peuvent rester réels qu’avec une fois » ? Quel était ce secret de la foi que semblaient connaître ces sages de village ? »
7° Le champs froid
P133 : ECRITURE
« En ce temps- là, je comprenais la violence. Ce monde, fait de « formes fonctionnelles », avec de l’écriture partout et jusque sur les choses ultimes, ce monde, complètement dépourvu de langue et de voix, n’avait pas raison.
…
Pour ce pays j’éprouvai de la haine avec autant d’enthousiasme que j’en avais jadis éprouvé pour le parâtre que je m’imaginais souvent frappé d’un coup de hache. Les hommes d’Etat, ici (tout comme ces « artistes » hommes d’Etat) n’étaient plus à mes yeux que de mauvais acteurs _ rien qui parlât à partir d’un centre _, ma seule pensée : « il manque l’expiation ». »
8° La colline des toupies
P143 : IMPORTANT
« Mon idéal depuis toujours, c’était la douce insistance et la succession apaisante d’un récit.
…
…la vérité du récit m’était apparu sous la forme de la clareté ; une phrase, calmement donnait lieu à la suivante et le vrai _ ce qui avait été préalablement reconnu n’était perceptible que dans les transitions entre les phrases _ c’était comme une douceur. Et de plus je le savais : l’intelligence oublie et l’imagination n’oublie jamais. »
P149 : / TABLEAUX
« Ses tableaux à elle, ce sont les robes et chacunes d’elles en aient une idée particulière. Les deux pièces de l’appartement sont aussi un atelier plein de l’éclat des tissus multicolores. Elle prend son métier plus au sérieux que tous les gens que je connais, elle en tire sa fierté, comme seul le ferait un artiste et elle rembarre quiconque la dérange.
Elle avait un jour … eu pour but « Le manteau des manteau ».
P151 : ECRITURE :
« A ma question : pourquoi lui fallait – il un ami ? Elle répondit : « Les mots seuls ne m’apaisent pas assez. » ».
P161 : l’anodin : une écriture du quotidien chez HANDKE
« Il fallait du vent comme en été, ni plus froid ni plus chaud qu’en ce temps là. Tard dans l’après-midi nous descendîmes au Tholonet et, fatigués et satisfaits, nous restâmes assis à l’auberge Thomé, alias l’Etoile d’or _ c’est beau de simplement pouvoir dire qu’on a faim.
P167 : IMPORTANT
« J’attendais le moment où j’allais, tout à coup, d écouvrir la vue d’ensemble. »
p169 : « Je vis qu’il y avait partout un domaine de l’entre-deux. »
« …il n’en existe qu’une seule juste et la forme détermine la masse colorée, elle doit résoudre le problème de la transition.
« La transition, pour moi, doit séparer clairement et être à la fois dans l’un et dans l’autre. »
9° La grande forêt
P169 repère, philosophie :
« Musée Beaux arts Vienne = peinture de Jacob van Ruysdael : la grande forêt. »
p181 : « On entre dans la forêt par le chemin droit et large comme par un véritable portail. La sensation de seuil est quelque chose de calme qui mène au delà, sans intention. »
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