29 mai 2002
Calvino : « Si un voyageur par une nuit d’hiver »,Etude transversale : livres et miroirs dans le
Montage de 11 modèles disposés en un seul roman
Etude transversale : livres
et miroirs. Calvino, Italo « Si
un voyageur par une nuit d’hiver »
Le livre
reflet de lui-même ?
Introduction de l'exposé :
Cette thématique du livre reflet de lui –même appliquée à l’oeuvre d’Italo CALVINO (1923 – 1985) « Si par une nuit d’hiver un voyageur … » ouvre un vaste champs de perspective et soulève des questions problématiques sur la définition de la réfléxivité du livre ( le comment et le pourquoi est-ce possible ; les causes et les conséquences de ce reflet. Nous allons donc essayer de comprendre tout d’abord en quoi cette œuvre est le reflet d’elle –même pour ensuite s’intéresser aux critères de la réflexivité et ouvrir sur la perspective du temps d’un récit qui serait sans cesse mise en abyme aux yeux du personnage le plus important : le lecteur puisque c’est lui qui éprouve sans cesse les facettes du dédoublement infini de ce récit réfléchissant des aspects du réel.
I)Définition de cette thématique de la réflexivité
Définition de la réflexivité du livre
La logique mathémathique de l’assemblage
Calvino, l’oulipo et la réflexivité
La réflexivité engage –t – elle, par l’appel de différents critères techniques, une transparence du roman ?
A)Les critères dignent du mouvement de l’oulipo
B)L’auteur du livre ou la figure du versant spéculatif
La technique de la réflexivité ou l’éloge de la falsification.
III Entre récit et réel : l’espace spatio-temporelle de la réflexivité permise par la place conséquente dévolue au lecteur.
Le lecteur comme clé de toute réflexivité.
Le lecteur ne serait-il pas noyé dans toute ces mise en abyme_ la réflexivité audacieuse de ce livre ne tuerait-elle pas l’existence de ce livre ?
I)Définition de cette thématique de la réflexivité
A)Définition de la réflexivité du livre
Qu’est-ce le livre ?
_ Un traité de la lecture ; un manifeste de l’avenir d’une pratique culturelle qui semble un grand danger.
_ Une des facettes de l’auto-portrait d’un écrivain = parler de la présence obsessionnelle de l’écrivain.
Un reflet n’est autre qu’un éclat qui rejaillit ou encore une image réfléchie.
Le lecteur par sa compréhension personnelle et subjective permet cette correspondance des différents reflets d’un même récit. Le livre est donc ce support qui sert à faire réfléchir la matière du récit, son énoncé ; il correspond à ce miroir capable de renvoyer l’image des personnes et des choses.
P62 : Selon Dallembach : une réflexion est un énoncé qui renvoie à l’énonciation ou au code du récit.
Un énoncé réflexif ne devient tel que par la relation de dédoublement qu’il avoue avec l’un ou l’autre aspect du récit _ ce qui revient à dire que l’émergence de cette relation dépend d’une part, de l’aptitude du décodeur à effectuer les substitutions nécessaires pour passer d’un registre à l’autre.
De cette définition excluant l’ »agent de représentation » introduit par Genette, découle le fait que le méta récit réflexif tel que nous l’entendons se caractérise par sa quadruple propriété de réfléchir le récit, de le couper, d’interrompre la diégèse et, d’introduire dans le discours un facteur de diversification. Censée être prise en charge par une instance narrative différente de celle qui gouverne le récit premier, l’insertion, qui peut-être orale ou écrite, légitime de la sorte les variations stylistiques en même temps qu’elle permet d’injecter un récit personnel dans une fiction écrite à la troisième personne _ ou inversement d’impersonnaliser pour une durée variable un récit mené par un « je ».
Les énoncés réflexifs métadiégétiques se distinguent des méta récits en ce qu’ils ne visent pas à s’émanciper de la tutelle narrative du récit premier.
Faisant fi du relais de narration, ils se limitent pour leur compte à réfléchir le récit et à ne suspendre que la seule diégèse. Au nombre de ces interpolations spéculaires, figurent les récits rapportés au style indirect, les rêves, telle représentation visuelle ou auditive…
Quant aux énoncés réflexifs (intra)diégétiques, ils n’occasionnent, en ce qui les concerne, ni changement d’instance narrative, ni solution de continuité diégétique ; dans une dépendance totale vis à vis du récit premier, ils épousent son cours et se cantonnent à l’univers qu’il leur prescrit.
B)La logique mathémathique de l’assemblage
L’influence de l’Oulipo permet une vision de la lecture comme un fait de parodie ( cf p 11 toute une isotopie de l’armée et de la citadelle)
Nous voyons dans les différents incipit une variation en miroir d’un mot du titre choisi dans un même champs sémantique. Et des titres qui se répondent les uns aux autres par complémentarités réflexive :
« Penché au bord de la côte escarpée »
« Autour d’une fosse vide ». Nous voyons là tout un algèbre de la variation assemblé de façon à critiquer avec humour et ironie toutes les formes de romans conventionnelles non adepte de ce catoptrisme id est : une partie de l’optique qui désigne une partie de la lumière. Nous assistons à des phases de convergences en rapport avec la réflexion des genres littéraires et de divergences en raison des lignes d’enchevêtrements des différentes thématiques qui se recoupent en le support prismatique du livre.
Citation P197 de : « La fascination romanesque à comme font les mille et une nuits ? »
C)Calvino, l’oulipo et la réflexivité
Titre : apparition d’une prothase et d’une apodose en raison d’un titre correspondant à une phrase qui occupe une phrase d’activité spéculaire. C’est un roman miroir et ludique :
Calvino et le mouvement de l’Oulipo
OULIPO : l’ouvroir de la littérature et mis en exergue en 1961 par Queneau.
« J’ai cherché une situation romanesque exemplaire et dix fois je l’ai appliqué. Il s’agit toujours d’un homme se trouvant face à une menace d’une puissance mystérieuse, il est prit dans cette situation dangereuse à cause d’une femme ou d’une image féminine. Chacun de mes 10 romans inachevés est une variante à partir de cette situation romanesque type » (Lire avril 1981)
L’adoption de ces principes d’écritures fonctionnent comme un jeu où : « (p190) de miroir en miroir il m’arrive parfois d’y rêver ».
Ce livre n’est fait que d’une grande dialectique qui ne cesse de nous renvoyer à des questions dont les réponses nous conduisent à des parois de miroirs à un recommencement sans fin comme dans un conte où le narrateur s’amuserait à nous faire osciller entre monde des apparences et mondes souterrains.
Le motif du miroir permet de proposer ce livre comme un objet d’étude de ce qu’il représente de façon générale et permet un jeu sur l’annagramme et les l’onomastique comme une richesse lexico-sémantique.
Finalement calvino nous propose un livre ou toute transcendence est impossible puisqu’il adopte une logique d’interéflexivité.
Calvino avec ces ressorts techniques de l’oulipo met donc en exergue le motif du miroir où la fonction de l’auteur ne serait qu’une anti fonction au même titre que ce livre serait un roman du leurre.
La réflexivité engage –t – elle, par l’appel de différents critères techniques, une transparence du roman ?
A)Les critères dignent du mouvement de l’oulipo
Le modèle oulipien :
Déplacement de la notion de règle que l’on se donne : il n’y a pas d’anarchie possible.
Ex : Formule d’hypogramme : modification d’une formulation entière par suppression systématique d’une lettre dans la formulation.
\Humour qui va fabriquer un langage avec une attitude ironique fondation sur une double manipulation du langage et le savoir. Nous avons là un phénomène de création en deça de l’affect et de l’intellect , un jeu d’enchevêtrement de la pensée.
\Dans si par une nuit d’hiver, un voyageur, nous pouvons vérifier une passion de l’organisation, de la structure, goût de la variation et de la série.
QUENEAU : « Je suis un concierge transcendantal(qui balaie son domaine)
\Un écrivain qui se place comme un échangeur culturel et épisémantique mettant en parallèle la philo, les maths, la litté.
C’est en ce sens qu’il contribue à l’ouverture du champs de la littérature.
CALVINO :
« Ce qui me les rend proche : c’est leur refus de la gravité »
Cette gravité que la culture littéraire française impose partout, là, où un peu d’ironie serait nécessaire(…) il considère la science non pas de façon grave mais comme un jeu selon ce qu’à été d’ailleurs l’esprit des vrais hommes de sciences ».
« la structure est liberté, elle produit le texte en même temps que la possibilité de tous les textes virtuels qui peuvent les remplacer.
Voilà la nouveauté de l’idée qui se trouve dans la littérature potentielle implicite dans la littérature qui née des règles qu’elle s’impose. »
Il faut ajouter que dans les règles de l’OLIPO c’est la qualité et l’ingéniosité de ses règles qui comptent en premier.
B)L’auteur du livre ou la figure du versant spéculatif
° le versant spéculatif
Là où la figure de l’écrivain= le protagoniste = l’auteur.
Auteur = l’homme aux livres avec l’idée que l’écrivain est un faussaire, un saltimbanque : l’écrivain assure alors une double fonction :
------)le démiurge
------)le bateleur, le jongleur, l’illusionniste.
L’envers de l’écrivain engagé – un écrivain qui doit donc s’adresser à de nouvelles catégories de lecteurs et de lectrices.
Il y a une nostalgie mise en relief par de très jolies phrases.
« Je ne vois ici que des scènes qui se répètent identiques et la beauté des romans feuilletons. »
------) Qu’est-ce qui te met cela ensemble et à disparu ?
=Principe de cohésion : Quel est le nouveau principe de composition que je vais adopter ? [Le grand problème de l’artiste = celui de la composition]
« Donc par des sentiers d’encres, l’élan guerrier de la jeunesse, de l’anxiété…. se trouvent consumer en un carnage de feuilles cornées et froissées. »
p199 et suivantes : Permettent de comprendre la figure de l’écrivain.
Citation p114 :
« L’auteur était sur le point invisible d’où partaient les livres, un vide parcouru de fantômes, un tunnel souterrain qui mettaient d’autres mondes en communication avec le poulailler de son enfance »… chap. 5
\Demande une grande capacité intellectuelle de suivre les méandres et la complexité intertextuelle. (Références à des livres philo et à des contes tels que les milles et une nuits, à des personnages d’inventeurs…)
P199 : « Une attirance inquiète… pour pousser sur le terreau d’une autre culture. »
C)La technique de la réflexivité ou l’éloge de la falsification.
------) Un éloge de l’artifice et de la falsification.
La falsification serait la vérité même de la littérature.
Une entreprise d’Osaka : sort du marché pour devenir une entreprise.
Les différentes valeurs du jeu spéculaire se retrouvent dans les techniques de la cacophonie, de l’hypographe, de l’annagramme, l’oenomastie.
Marana et Flannery Silas est un écrivain réfugié dans un chalet suisse.
La matière du livre est elle même réfléxive.
“Les romans qui m’attirent le plus(...) , ce sont ceux qui créent une illusion de transparence autour d’un noeud de rapports humains qui est lui-même ce qu’on peut rencontrer de plus obscur, cruel et pervers.”
Transparence : dévoilement de la vie des individus au grand public.
En s’adressant au lecteur, dernier personnage sur le mode du “tu”, l’auteur, dans si par une nuit d’hiver un voyageur, semble le poser comme l’autre. Mais, en parlant d’Italo CALVINO à la troisième personne, ne le considère-t-il pas aussi comme distant de lui-même, et de plus en plus éloigné puisque, passé le premier incipit, cette signature va être déléguée à Tadzio BAZAKBAL et à ses successeurs? Et si pourtant Italo Calvino a quelque chose en commun avec l’auteur (il est d’aileurs récupéré in fine, en tant que maitre d’oeuvre du livre entier, comme tout, dans le paratexte le donner à penser), il participe aussi à l’existence et à l’expérience du lecteur, _ ou le lecteur procède de lui en tant que lecteur.
III Entre récit et réel : l’espace spatio-temporelle de la réflexivité permise par la place conséquente dévolue au lecteur.
A)Le lecteur comme clé de toute réflexivité.
Le livre se présente comme une succession de lectures à chaque fois interrompues, et on pourrait le considérer comme l’histoire de la perpétuelle déception du lecteur, si ces ruptures n’étaient ainsi à chaque fois la chance d’un nouveau départ, d’un rebondissement.
Cf. les carrés de greimas rectifiés par Calvino qui déterminent l’épopée de la lecture et de ce temps pris pour le décodage du schéma spéculaire.
Le lecteur qui est là (L) lit le livre qui est là (l). Le livre qui est là conte l’histoire du lecteur qui est dans le livre (L’). Le lecteur qui est dans le livre n’arrive pas à lire le livre qui est dans le livre(l’).
Donc par ce jeu de miroir le livre qui est dans le livre ne conte pas l’histpoire du lecteur qui est là. Le lecteur qui est dans le livre prétend être le lecteur qui est là.
Le livre qui est là voudrait être le livre le livre qui est dans le livre.
Ainsi, le lecteur essaie sans cesse (p49) « d’ouvrir un passage dans la barrière des pages au fil de l’épée, voilà qui va bien avec l’idée d’un secret caché dans les mots : tu te fraies un chemein dans ta lecture comme au plus touffu d’une forêt. »
La réflexivité comme un voyage au travers le temps et le réel reformaté ou l’impossible transcendance ?
Le livre reflet de lui même nous interdit une ouverture à visée humaine : tout n’est que verre et proscription pour la lectrice personnage du roman de se jeter dans les bras du lecteur autre personnage du roman. Nous avons un jeu de double et de couple qui s’interdisent une dimension transcendantale autre que la recherche d’un roman parfait ne répondant pas au temps conventionel des horloges. Le lecteur extérieur répond lui de ce temps bien réel d’une telle lecture du leurre !
B)Le lecteur ne serait-il pas noyé dans toute ces mise en abyme_ la réflexivité audacieuse de ce livre ne tuerait-elle pas l’existence de ce livre ?
Il ne peut rester qu’un instant dans sa “peau” d’auteur, dans son identité d’Italo Calvino : le temps du début, vite suspendu, d’un premier roman qui, en abyme, s’intitule aussi : “Si par une nuit d’hiver un voyageur”. Bien vite il a l’air de céder la place, il multiplie les doubles successifs qui sont autant d’hétéronymes à la manière de Fernando PESSO, avec en plus toute une gamme de noms aux consonnances linguistiques et nationales diverses : Tadzio Bazakbal, Ukko Ahti, Vorts Viljandi, Bertrand VANDERVELDE, Silas FLANNERY, Takakumi Ikoka, Calixto Bandera, Anatoly Anatoline.
C’est déjà une invitation au voyage, _ pour un voyage digne de BARNABOOTH : Italie, Pologne, Cimmérie, Cimbrie, Belgique, Irlande, Japon, Ataguitanie, Ircanie. C’est tout un carnaval romanesque qui se déroule sous nos yeux, et non pas un carnaval noir.
Le lecteur est sans cesse rabroué et déçu dans son horizon d’attente mais ce livre miroir de lui même rend compte d’un telle mise en abyme du lecteur que le lecteur ne cesse de réfléchir à sa propre condition de lecteur et malgré le narcissisme inhérent à l’œuvre il reste se désir de le lire une suite engendré par la succesion de ces incipits qui sont autant d’image du livre que d’image neuves que de reflet du génial ouvroir de Calvino et de l’oulipo.
Questions :
1°)Quels sont les limites de la réflexivité ?
2°)Comment ne pas se tromper entre phénomène de l’illusion et phénomène de la réflexivité ?
3°/4°) Qu’apporte cette thématique de la réflexivité au réel et que vous suggère –t-elle en tant que lecteur potentielle d’une lecture décodée par le prisme de vos connaissances et de votre conscience ?
CONCLUSIONS :
En ouvrant en sa fin la possibilité d’un onzième roman, qui serait “Demande-t-il, anxieux d’entendre le récit”, le livre de Calvino lance l’appel d’un enfant désireux d’entendre raconter une histoire, il montre le caractère inépuisable d’une donnée, si mince soit-elle, il exprime une confiance dans la littérature future et dans la fécondité du Père des Récits qu’il aura contribué à évoquer, à tirer de l’ombre.
Le livre nous rappel que toute réflexivité a pour base une matière textuelle dont la lecture permettrait au livre de se réfléchir sur le lecteur lui –même et également de nous renvoyer à la matière source de cette écriture digne d’un auteur soucieux des techiques prismatiques employées et de l’architecture de son roman. Autant dire que si toute ouvre littéraire peut se définir comme une machine à résonner et à tisser des communications transversales, il n’appartient qu’aux livres pourvus de pièces supplémentaires de jouer le jeu de la spécularité.
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